Julien Nicaise-Besanger
Jul 11, 2017

Resolute denim : rencontre avec Monsieur Hayashi

Abhras a rencontré un véritable sensei du jean : Yoshiyuki Hayashi. L'occasion d''analyser son label, Resolute, jusque dans les moindres détails sartoriaux !

Quand on évoque Hayashi-san, on pense avant tout à Denime, membre du fameux Osaka Five: un groupe de cinq labels japonais ayant contribué à la renaissance du jean de qualité vers la fin de la période des Trente Glorieuses.

Fondée en 1988, Denime est la seconde maison à opérer cette renaissance. Elle se caractérise par son traditionalisme et son goût pour la réplique fidèle des modèles iconiques de Levi’s. Dimension que l’on retrouvera aussi chez Resolute, l’autre maison créée par le maître d’Osaka, en 2010.

Photo prise au cours de notre rencontre avec le fondateur de Denime et de Resolute, sur la terrasse d’un café situé en plein cœur de Knokke-Heist (en Belgique) et juste à côté de l’une des deux boutiques de Frans Boone. Nous remercions chaleureusement Alex et Frans, qui ont rendu possible ce magnifique moment d’échanges, ainsi que Monsieur Hayashi et tous les membres de son staff, pour avoir accepté de se prêter au jeu de l’interview.

Heddels consacre tout un article à l’histoire du groupe d’Osaka, qu’il détaille label par label parmi lesquels :

  • Studio d’Artisan (1979), connue pour ses expérimentations en matière de délavage, comme l’acid-wash par exemple ;
  • Evisu (1991), la plus street avec ses fameuses “ailes de mouette” placées sur les poches arrières ;
  • Fullcount (1992), la première à travailler sur du coton longue fibre (Zimbabwe) et sur des grammages lourds ;
  • Warehouse (1995), son souci pour la réplique améliorée et ses aspirations technologiques, notamment pour tout ce qui est stitching.

Evisu a connu un succès international important et fut récupérée par la street culture. Studio d’Artisan a quant à elle fondé une garde-robe complète et s’est même enrichie d’une petite sœur plus confidentielle : Orgueil by Elmwoods.

Hayashi abandonne finalement Denime, et la société est rachetée par Hitoshi Tsujimoto. Les fameux modèles WWII, qu’on retrouve dans le catalogue 2017 de The Real McCoy’s sous le label éponyme, en portent notamment le sceau et sont actuellement disponibles à la vente chez Son of a Stag. Néanmoins, Hayashi nous a fait savoir que, quand il a repris du service avec Resolute, il a eu certes à cœur de renouer avec l’esprit de Denime, mais non sans avoir tiré profit de certaines approches plus récentes en matière de confection.

De superbes délavages qui ne sont pas sans évoquer ceux des premiers Levi’s, aujourd’hui archivés à San Fransisco. Fullcount et Warehouse ont aussi considérablement agrandi leurs collections. Cette dernière a même commercialisé un produit spécial, sans détergent, pour laver son jean sans nuire à son délavage.

Resolute : une confection de puriste au bénéfice d’une micro collection

Resolute reprend donc à son compte le concept qui a fait la notoriété de Denime : reproduire de la manière la plus fidèle possible les intemporels de chez Levi’s, tout spécialement le 501. Une production qui se fait, non plus à Osaka, mais à Okayama, la capitale mondiale du denim, au sein d’une manufacture qui emploie actuellement une trentaine d’artisanEs spécialiséEs, touTEs japonaisEs. Union Special pour les coutures en point de chaînette et Atu Mesu pour la confection des boutonnières sont à compter des machines qui équipent la factory de Monsieur Hayashi.

Resolute utilise un modèle spécifique de Union Special, le 43200G, et se fournit en machines chez SuperStitchParis (photo © Heddels). Il se pourrait que les coutures utilisées soient en 100% coton, comme le suggère l’auteur d’une review exhaustive sur le label, beautiful_FrEaK de IndigoShrimp. Hayashi ne serait de toute façon pas le premier japonais à en faire usage : voir notre décryptage de Leno & Co !

Quant à la toile, évidemment conçue sur shuttle loom, elle est réalisée dans un selvedge à liseré orange de 13,13 à 14 oz d’épaisseur (selon le modèle et le traitement subi par la matière), et teinte à l’indigo selon la méthode dite rope dyeing. Le coton est sourcé à divers endroits (USA, Chine, Égypte aussi…) et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas sélectionné pour la bonne longueur de ses fibres : Hayashi est clair sur ce point, seules les courtes fibres l’intéressent afin de permettre à la matière de développer tout son potentiel duveteux ou fluffly.

Au fur et à mesure des lavages et du temps, la toile se fait de plus en plus hairy/fluffy. Son créateur va même jusqu’à donner des conseils iconoclastes comme un lavage en machine régulier (1 fois par semaine pour un délavage uniforme), voire un petit “coup de chaud” de temps en temps, histoire d’accentuer le côté duveteux (photo © IndigoShrimp). La matière ne craint rien, affirme-t-il, alors autant la laisser subir et ne surtout pas la ménager !

Une toile est dite rope dyed lorsque les fils qui la constituent ont été enroulés sous forme d’une corde, puis plongés brièvement dans des bains successifs d’indigo. Il en résulte une matière partiellement teinte, et qui se délavera plus promptement que si elle avait été colorée en profondeur.

Le fameux liseré selvedge orange. Comme on peut le voir, même les sacs de poche sont selvedge !

Tout cela à l’œuvre au sein d’une collection pour le moins restreinte puisqu’actuellement, Resolute propose, ni plus ni moins, quatre modèles de jean. Trois sont des variations autour du 501, l’un est un 505, et tous sont disponibles en brut ou en one wash. L’occasion pour le designer de se concentrer sur l’essentiel et d’exercer son œil shokunin : une belle confection et des designs intemporels, avec une histoire riche, au service de la polyvalence.

Attention, le sizing est à la japonaise : ça taille donc petit ! Mais l’échelle est large et devrait pouvoir contenter beaucoup de monde, dans le menswear comme dans le womenswear : le waist va du 26 au 40, et la longueur du 29 au 36, ce qui est plutôt rare. L’européenNE downsizera volontiers d’une à deux tailles, si yel souhaite porter le pantalon ajusté.

Le 710 ou la reproduction fidèle du “501 66 model”

On commence par le modèle de base de Resolute, avec sa coupe bien droite et parfaitement intemporelle : le 710 comme version fidèle du 501 des années 1960, jusque dans les plus petits détails. La matière tout d’abord, fluffy, non sanforizée, de 13.75 oz en brut et de 14 oz en rinsed. Et les finitions ensuite :

  • Braguette et fermeture à 5 boutons en métal ;
  • Rivets en métal ;
  • Bartack comme renfort (en lieu et place des hidden rivets) ;
  • Poche ticket et ouverture de jambe avec couture en point de chaînette ;
  • Double chainstitch au niveau du waistband ;
  • Patch en papier (et non en cuir) ;
  • Absence de “V-stitch” à hauteur du bouton de fermeture.

Le 710 et son patch en papier… (photos © FransBooneStore).

Ici on soulignera la présence des bartacks qui viennent renforcer les poches arrière, ainsi que la double couture en point de chaînette tout autour du waistband. Sur les modèles qui précèdent le 66, seule la couture inférieure est chainstitched.

Dans cette illustration, on voit bien la différence entre un top button avec V-stitch (comme sur le modèle de chez OrSlow) et sans la feature (comme chez Resolute).

Le 711 comme déclinaison inspirée des “501 XX model”

Le second modèle de Resolute est un XX model, appellation qui renvoie aux différentes métamorphoses qu’a connues le 501 depuis 1933 jusque dans les années 1950. Celui-ci, avec sa coupe très droite et plus large encore au niveau des cuisses que le précédent, se rapproche du 501 de 1955. La matière, toujours non sanforizée, a subi une teinture légèrement plus profonde, et le grammage se veut plus léger : 13.13 en brut et 13.5 en one wash. Quant aux finitions, elles dénotent sur de nombreux points :

  • Rivets en copper ;
  • Hidden rivets comme renfort ;
  • Poche ticket avec liseré selvedge ;
  • Single chainstitch au niveau du waistband ;
  • Patch en cuir ;
  • L’off-set center loop ou passant décentré sur l’arrière ;
  • Présence d’un “V-stitch” à hauteur du bouton de fermeture.

Le 711, sa coupe hyper droite, son single chainstitched waistband et son V-stitch.

Les autres finitions du 711 : patch, rivets cachés, poche ticket selvedge… Sur la photo de gauche, on voit clairement que le passant est décentré, ce qui n’est pas le cas des autres modèles.

Le 712 ou la reproduction fidèle du 505

Le troisième modèle de Resolute n’est autre que le 505, avec sa coupe carrot. La matière est sanforizée cette fois, mais le grammage identique au 710. De même concernant les finitions, qui diffèrent du modèle de base par la présence d’un zip à la place des boutons, et d’un top button en copper. Il faut savoir que les toiles unsanforized s’accomodent mal d’un zipper fly, du fait du risque de shrink.

Une coupe typiquement japonaise, confortable aux cuisses et tapered à la jambe (photos © FransBooneStore).

Le 713 comme réinterprétation du 710

Le dernier modèle de Resolute est l’exact portrait du 710 à une nuance près : le rise a été réduit, pour une fourche moins profonde et donc une taille plus basse. Il y a donc un bouton de moins à hauteur de la braguette. Hormis cela, matière et finitions sont en tout point identiques au 66 model.

Une coupe plus moderne, sans doute plus urbaine et adaptée au port du base layer hors pantalon (photos © FransBooneStore).

Maintenant, où se fournir en jeans Resolute ?

Début juin 2017, Monsieur Hayashi et son équipe ont commencé leur tour de l’Europe par le shop de Frans Boone et nous ont confié vouloir s’étendre progressivement sur le continent, direction Paris tout d’abord, puis quelques villes en Allemagne et en Italie. Hélas, on ne renseignera que trois boutiques actuellement :

Envie de découvrir l’univers obsessionnel du garment intemporel japonais et de la réplique sartoriale ? Rendez-vous sur nos colonnes consacrées à The Real McCoy’s et à Danton.

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