Julien Nicaise-Besanger
Sep 21, 2017

orSlow ou l'art du basique vintage modernisé

orSlow propose un dressing minimaliste à l'image de l'Amérique ouvrière et militaire d'avant les 70's. Une confection vintage pour un confort inégalable !

Toutes les belles maisons ont leur joli story telling inspirant et porteur de rêve. Celui d’orSlow se veut plus minimaliste et direct, un peu à l’image de son vestiaire.

On sait que la société a été fondée en 2005 par Hichiro Nakatsu, et que ce dernier fut influencé dans sa jeunesse par un don que lui a fait sa mère : des salopettes handmade en denim, devenues pour lui le symbole de l’orientation générale du label dans ses aspects vintage et slow crafting.

Le fondateur d’orSlow au milieu de ses denims. Plutôt qu’un designer, un véritable ébéniste assorti d’un archiviste sartorial.

OrSlow propose, à destination du womenswear comme du menswear, une garde-robe étendue de basiques aux coupes à peine modernisées et au confort incomparable** : des pants, des chemises, des vestes de mi-saison principalement, aussi des jupes, auxquels s’ajoutent des pièces plus saisonnières comme des tees, des waistcoats ou des caps. Le tout confectionné dans un petit atelier situé dans la préfecture de Hyogo, sur shuttle loom évidemment et toujours au départ de petites laizes.

Cette antique machine à coudre, du géant américain Singer, est à compter du matériel utilisé par la manufacture. Le prix de son entretien et des éventuelles pannes qu’elle subit influera inévitablement sur le coût final du vêtement…

Comme Tsujimoto et tant d’autres maîtres-artisanEs japonaisES, Nakatsu est un archiviste. Il possède notamment une impressionnante collection de Big E, dont il s’inspire allègrement pour la confection de ses produits. Chez orSlow, on trouvera assez peu de répliques de vêtements d’époque au sens strict, et quantité de reproductions modernisées et plus ou moins librement inspirées. Quelques pièces au parti pris plus fort, quoique toujours animées par les façons d’antan, viennent encore compléter l’ensemble.

https://youtu.be/0jk-Fz-STy4

Non, orSlow n’a pas vraiment d’histoire à raconter. Confectionner semble sa raison d’être #Shokunin. C’est plutôt le livre d’une histoire qu’on croyait oubliée, et qui continue de s’écrire à une époque gangrénée par la surconsommation sous toutes ses formes, même hipster…

Les grands classiques du militaria et du workwear ni plus ni moins

Tout d’abord, classiques parmi les classiques, il y a les denim jackets, de la type I à la trucker. En “one wash”, en “two year wash”, en “real used “. Il n’est pas toujours facile de savoir exactement quel traitement a subi chaque toile. Mais la reproduction, elle, est plutôt fidèle : les types I et II conservent leur coupe boxy et toutes leurs features habituelles (pattes de serrage, poches à rabat rectangulaire…), tandis que la type III, plus fittée, n’est pas dotée de poches latérales, conformément au modèle originel des années 60.

On sait que les types I et II sont constituées d’un denim selvedge de 13.5 oz, visible en blanc au niveau de l’intérieur de la gorge. Sur le site officiel, on trouve les options de délavage “one wash” et “real used “, sur certains eshops “two year wash”, avec des fades bien marquées par endroit (comme dans l’exemple de type II ci-dessus). La trucker ci-exposée est bien “real used”, ce qui renvoie à un délavage lourd, sans doute à la pierre.

Ensuite, il y a les coverall jackets, chore shirts et autres utility pants. Nakatsu revisite notamment deux modèles emblématiques de vestes de travail américaines dans un “neppy denim “, qui rappelle les toiles Resolute et leur aspect fluffy :

  • L’une datant des années 40, montée comme une chemise et constituée de 3 poches et 4 boutons.

  • L’autre, à la construction plus complexe, créée dans les années 50, épaules raglan, triple stitch et dotée de 4 poches et 5 boutons.

Nakatsu aurait trouvé l’inspiration dans ses archives, précisément chez J.C. Penney Co., un label d’époque qui fabrique des chore jackets certifiées Union Made Sanforized.

Les work jackets à l’américaine se distinguent de leurs sœurs françaises en ce qu’elles présentent un aspect plus outer et moins blazer.

Signifiant “fait aux États-Unis par une main d’œuvre syndiquée “, la mention Union Made se retrouve sur les étiquettes de nombreuses vestes d’époque, accompagnée du terme “Sanforized ” indiquant que la matière est résistante au shrink. On trouve encore nombre de ces labels oubliés, sur Esty ou sur des blogs spécialisés comme Vintage workwear : outre PayDay de J.C. Penney, OshKosh, Drum major et tant d’autres.

Des modèles originaux qui ont pu servir de base à Nakatsu. Sur l’une des poches poitrine, on peut apercevoir la fameuse mention avec le nom du label.

Vue en gros plan de l’étiquette - et de la jolie matière (© 3rdcentury on Etsy).

Côté chemises et pantalons de travail, orSlow n’est pas en reste sur ce plan non plus, proposant aussi bien des chemises triple stitch que des western shirts, des painter pants que des french work pants. Le choix des matières est à l’image de l’univers stylistique proposé : du denim used, différents chambray (dont le blanc), de la flanelle… pour les chemises ; du canevas, du broken twill, pléthore de denims… pour les pants.

Ce qui nous frappe le plus avec les chemises orSlow, c’est le minimalisme des features : coutures simples ou triple, pas d’hirondelle ni de traveto, boutons en acétate (bien qu’aussi en mother of pearl sur certains modèles)… Tout le contraire d’une chemise Engineered Garments par exemple, qui, conforme à son ADN, va multiplier les clins d’œil sartoriaux. Ici tout est sobre, slow, et c’est la matière qui semble s’exprimer le plus distinctement.

Un painter en canevas dans une couleur et une coupe qui rappellent certains pants Carhartt de la ligne standard, suivi d’un work pant bleu hydrone à la coupe légèrement carrot. Du confort et du style comme on trouve rarement !

Sur le militarywear, on a là encore l’embarras du choix : moult cargo et fatigue pants, des chinos vintage, des field shirts, des jungle et combat jackets… Tout cela conçu dans du sateen, du ripstop, du chevron… Avec des teintures aussi diverses que le used green, le washed kaki, le “OG107” (le fameux US army green !) ou encore le khaki/tan, et la liste n’est pas finie.

Du chino militaire aux couleurs - originelles - du désert au fatigue en sateen OG107 porté par les troupes américaines au cours de la guerre du Vietnam.

Ici encore, on trouve de nombreuses créations inspirées du catalogue personnel de Nakatsu. La patte est clairement traditionnelle et vintage, mais les pièces quelque peu adaptées aux usages de maintenant. Au niveau de la coupe notamment, mais aussi des finitions : on l’a déjà dit, Nakatsu n’est pas Tsujimoto ; il ne fait pas de la réplique pure et dure une obsession, et reste principalement un créateur de vêtements contemporains usant et abusant des façons et des représentations d’un passé qui n’est pas encore métastasé par la consommation de masse.

Ici adaptée aux statures du womenswear, la US army shirt est le grand classique d’orSlow, en sateen. À droite, on est sur une HBT shirt plus vraie que nature, période WWII, dans un chevron green used et dotée des fameux boutons 13 stars.

Entre création et produit au fort potentiel intemporel, la fatigue skirt est la version “jupe” du fatigue US illustré ci-dessus. La photo de droite représente un modèle à bord franc, pour un rendu plus roots.

Il y a quelques saisons, orSlow rééditait aussi la M-43. À première vue, le design est conforme au modèle : les features sont là, dont l’exclusive fermeture à bouton - un zip supplémentaire apparaîtra avec la M-51 -, mais la matière diverge par la présence d’une doublure en laine à motif pied-de-poule et d’une shell en twill qui vient remplacer le traditionnel sateen.

La fameuse M-43, et un 6 pocket très premier degré, avec un fit d’époque et un cordon de serrage au niveau de l’ouverture de jambe.

Mais, comme pour la trucker ci-dessus, il arrive aussi que le créateur d’orSlow élabore des produits difficilement distinguables des originaux. La jungle jacket de type III sortie la saison P/E dernière en est un bel exemple : en ripstop et structurée sans patte d’épaule ni bouton apparent au niveau des poches, elle illustre une reproduction assez fidèle du modèle de la fin des années 1960

Il suffit de comparer le troisième des trois modèles originaux de jungle (© Gauthier Borsarello) et celui d’orSlow : on voit combien la ressemblance est frappante.

Du Big E chez orSlow : une riche sélection de pants 5 pocket

À notre connaissance, on trouve, non pas deux comme on le lit souvent, mais trois coupes de 5 pocket chez orSlow :

  • La 107, ou Ivy fit, qui est droite et ajustée ;

  • La 105, ou regular fit, qui, toujours droite, se veut plus loose, avec une jambe moins structurée ;

  • La 101, ou baggy fit/dad’s pant, qui, encore plus large et déstructurée que la précédente, se dote d’une fourche particulièrement basse.

Des images qui parlent d’elles-mêmes pour un voyage dans le vintage des années 50 et 60. Les toiles ci-exposées sont one wash et faites du même “neppy denim” que les coverall jackets.

Le choix en matière de toiles est vraiment représentatif de l’univers sartorial ouvrier de l’après-guerre occidental. On trouve du selvedge unsanforized de 13,5oz d’épaisseur en onewash, en one/two/three year wash, ainsi que du 14oz sanforizé pour le baggy fit. Outre l’indigo, des teintures en blanc, mais encore en fade black sont aussi réalisées - l’offre est suffisamment rare pour être signalée. Le délavage opéré n’est pas uniforme et présente des fades aux endroits stratégiques comme les cuisses, les genoux ou la zone qui entoure la braguette.

Un délavage subtil qui imite avec vraisemblance les zones naturelles d’usure.

Chez orSlow, tous les denims selvedge teints à l’indigo présentent un liseré de couleur blanche. Cela peut paraître anodin, mais il faut savoir que le liseré coloré n’est apparu qu’à partir de 1927, au moment où Levi’s, qui se fournit alors exclusivement chez Cone Mills, se pare d’un 10oz red line. Avant cela, le blanc était la norme (© Heddels).

On trouve beaucoup d’avis divergents sur l’origine du 107 denim. CertainEs le rattachent au 501 de 1954, d’autres au 501 de 1966 ou encore au 505. On a pu établir une comparaison avec chacun des trois modèles de chez Levi’s, d’où il ressort à la fois des points de convergence et des points de divergence. Car, ici encore, orSlow s’inspire à défaut de reproduire. Mais détaillons plutôt l’anatomie du 107 :

  • Bouton de fermeture en copper et braguette zippée ;

  • Rivets en copper oxydé ;

  • Bartack comme renfort pour les poches arrière ;

  • Poche ticket selvedge ;

  • Single chainstitch au niveau du waistband et de l’ouverture de jambe ;

  • Patch en papier ;

  • “ V-stitch ”.

  • Passant centré sur l’arrière.

Les finitions du 107 denim sont comparables à celles du 105, sauf pour ce qui est de la braguette : à boutons en métal oxydé chez ce dernier.

Le 107 denim a clairement une coupe similaire au 501 66 - droite, ajustée et plutôt courte -, mais des finitions bien différentes, sauf en ce qui concerne les bartacks et le patch en papier. Par rapport au 501 de 1954, la ressemblance tient au niveau de la coupe - au moins en partie - et de certaines finitions comme le zip, le V-stitch et le single chainstitch, mais non au niveau du bouton de fermeture - en métal -, du patch - en cuir - et des rivets - cachés.

Du black à liseré blanc au fade black à liseré rouge. Et toujours un très joli délavage !

Quant au 505, il présente une coupe carrot et n’a de commun avec le 107 que le zip, le bouton en copper, les bartacks et le patch en papier. En fait, si l’on devait oser une comparaison entre les finitions d’un denim orSlow et le 501 de 1966, on se pencherait plutôt sur le baggy fit : hormis la question du zip, il est sans V-stitch, et constitué du paper patch, des bartacks et du double point de chaînette. Hélas, n’ayant pas de 101 sous la main, on ignore tout de la poche ticket, selvedge ou bien chainstitch…

La version short du 105, avec bords francs… Un autre item pas si facile que ça à chiner, à moins de le faire soi-même !

Le bedford est l’autre toile prisée par Nakatsu. On le trouve en écru, en gris, en beige, en brun moyen ou foncé, en olive… Il s’agit d’un corduroy à fines côtes qui trouve aussi son origine chez Levi’s,** dans les années 1960**. Ici dotée de 20% de nylon pour une robustesse accrue, elle habille le Ivy fit et dispose toujours du patch en papier, des rivets oxydés, du bouton de fermeture en copper et du zip.

Du LVC 519 au modèle de chez orSlow. On n’a pas trouvé beaucoup d’informations sur l’origine de ce pantalon. Sur l’eshop de Frans Boone, on apprend qu’il était très prisé des menuisiers, qui passaient leurs journées à travailler sur les genoux et nécessitaient donc une matière qui puisse encaisser à ce niveau.

Dans le cadre d’une collaboration avec Beams - ligne Boys -, Nakatsu a également réédité l’un des tout premiers jeans imaginés exclusivement pour les femmes : le fameux Levi’s 701, célèbre pour avoir été porté par Marilyn Monroe. Baptisé 701zbb, le pantalon en question en est une version fifties a priori constituée des** finitions d’origine**, de la fermeture zippée au patch en papier, et dans un selvedge léger d’environ 10oz. Mais l’information sur le renfort des poches arrière, à rivets cachés chez Levi’s, nous fait encore défaut…

De Marilyn Monroe à une japonaise lambda : preuve que le pays du soleil levant n’a pas vraiment de limite dans sa réappropriation de la culture américaine !

Le rise est haut, la fourche profonde, la jambe plutôt straight regular, et le denim léger et confortable. Sur Rakuten, on trouve des informations qui vont dans le sens d’une réplique fidèle ; il reste néanmoins à vérifier l’état des finitions du modèle original et de cette version-ci avant de pouvoir trancher.

Un peu de damaged et de tradition japonaise pour terminer

OrSlow ne se contente pas de délaver et de poncer ses denims, mais leur fait également subir toutes sortes de traitements visant à les altérer et à donner une impression de vécu. Par de la peinture blanche et des rips en tout genre notamment. Les rivets et boutons oxydés participent aussi de cet amour pour la patine et l’usure contrôlée : on en revient au wabi-zabi une fois encore…

Sans doute le painter pant le plus confortable qui existe ! Une toile légère et robuste, triple stitch bien sûr, une coupe parfaite, et de discrets coups de pinceau çà et là…

Sur ce 107 three year, quelques griffures le long de la cuisse, aussi sur le bas des poches et sur le leg opening. C’est discret, “réaliste”, et ça évite donc d’en faire trop.

Assez confidentielles également, quelques pièces aux accents japonais bien marqués, dont un magnifique waistcoat illustrant la technique du sakiori ou des tees à coupe kimono et teints à l’indigo. Et d’autres comme sorties directement du laboratoire de Daiki Suzuki, avec la série des New Yorker pants à motif floral. À cheval entre culture traditionnelle et monde hipster contemporain, elles raviront aussi pour leur confort incomparable.

Le prix est rebutant, mais la confection handmade et handwoven. Un produit vraiment singulier donc. On notera la présence d’un unique bouton, à hauteur du plexus pour un port très japonais.

Deux pièces street dans un mélange coton-lin, pour chiller chez soi ou l’été au bord d’une terrasse…

Où se fournir en produits orSlow ?

Si la réponse peut paraître évidente pour les hommes, à savoir : dans n’importe quel curated menswear shop digne de ce nom !, pour le womenswear, la quête peut s’avérer plus compliquée. On citera trois e-boutiques, toutes situées au Royaume-Uni :

Et si les frais de douane ne vous font pas peur, vous avez encore la possibilité de tenter Rakuten et Buyee, où l’on trouve à peu près tout, dont certaines raretés qui ne sont même pas vendues en Occident.

Envie de découvrir d’autres labels sentant bon le parfum du vintage d’après-guerre ? Redécouvrez sans tarder notre review de Leno & Co, du orSlow exclusivement féminin !

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