Julien Nicaise-Besanger
Dec 14, 2016

Le vintage suranné d'Orgueil by Elmwoods オルゲイユ

Orgueil by Elmwoods est une maison japonaise dédiée au vintage du début du XXe siècle. Abhras est parti à la rencontre de ses créations les plus old school.

Comme de nombreux labels japonais (Audience, Maillot, Fil mélange, Nouvelles du paradis…), Orgueil by Elmwoods joue sur l’exotisme francophone. Cela jusque dans ses slogans : “Juste De La Bonne Taille”, “Faits De matériaux appropriés” ou, dans le genre plus expérimental, “COUDRE DELICATE” !

Il faut dire qu’Orgueil tire son origine des créations d’un petit tailleur français qui officiait dans le sur-mesure au cours de la période fin-de-siècle-début XXe. Le designer Elmwoods a alors récupéré les cahiers de ce dernier et les a exploités dans le but de proposer un vestiaire directement inspiré des mises de l’époque.

“It is a small tailor that is loved by people in the town”.

Comme on peut le lire sur l’encadré, Orgueil est produit par Studio d’Artisan, un célèbre label streetwear connu pour ses jeans de puristes et ses toiles non sanforisées. Voilà qui donne déjà un sérieux avant-goût du niveau de qualité auquel on est en droit de s’attendre !

Un mélange de styles vintage à influence européenne

Dans nos cultures, quand on évoque le vintage à la japonaise, on pense surtout à des vêtements issus d’une réinterprétation du vestiaire américain, du work et du military qui s’arrêtent grosso modo aux années 1960-70. Souvent même, ces vêtements sont carrément des répliques. L’excellent The Real McCoy’s par exemple s’illustre dans cette tradition.

Une M-43 en sateen cotton plus vraie que nature, suivie d’une varsity très “premier degré”. Ça c’est du Real McCoy’s !

Chez Orgueil by Emlwoods, on s’envole dans un autre espace-temps : celui de la France d’avant la guerre 14-18 ou de l’Angleterre des Peaky Blinders. Une esthétique surannée, un peu sépia, qui mêle volontiers tailoring et esprit gentlefarmer.

Superbe série autant du point de vue historique qu’au plan esthétique et sartorial, Peaky Blinders restitue bien le genre d’ambiance qu’on peut retrouver chez Orgueil. Un tailoring nuancé par des touches rurales et parfois désuètes ou nostalgiques (des matières qui ont du grain, la casquette gavroche, le blazer 3 boutons, des pantalons taille haute à la coupe carrot…).

Ici, la version de Elmwoods, elle aussi très “premier degré” dans son genre !

Mais Orgueil by Elmwoods, ça n’est pas non plus que du tailoring de campagne anglaise. C’est aussi une maison qui regorge de pièces plus workwear et casual. On y trouve même deux jolis sweats, un vêtement authentiquement américain cette fois, et qui n’apparaîtra que vers la fin des années 30. De quoi aussi donner un aperçu un peu hybride de ce que pouvait être une tenue street dans le courant de la première moitié du XXe siècle en Occident.

Dans un esprit plus workwear, une magnifique veste de pêcheurEUSE en tweed et coton de canevas waxé, avec son traditionnel col en corduroy.

Des lookbooks et du noir…

Les lookbooks sont très inspirants et rendent compte, au-delà même des styles et du vêtement, de l’esprit Orgueil by Elmwoods : par le grain des photos, par les décors ruraux ou industriels, par le jeu charismatique des mannequins - qui semblent littéralement “être ce qu’ils portent”. C’est aussi à tout cela qu’on reconnaît une grande maison : lorsqu’elle parvient à créer un univers iconographique et visuel de belle qualité, qui soit l’exact reflet du produit que leLA clientE aura entre les mains.

Dans un piano-bar ou bien sur une voie de chemin de fer façon début du siècle dernier, le style Orgueil semble pousser son caractère intemporel jusque dans ses derniers retranchements !

Il y a aussi quelque chose de sombre chez Orgueil, une certaine utilisation des tons anthracites et noirs qu’on retrouve sur de nombreuses pièces comme dans leur “mise en art” par la photo. Personnellement, moi qui, pour des raisons assez objectives, ne porte jamais de noir, je pense qu’avec de telles pièces, je n’aurais aucune difficulté à basculer du côté obscur : d’abord parce que les matières sont splendides, ensuite parce que les contrastes sont harmonieux (du brun moyen, du camel “laqué”, de l’écru…).

Un cuir horsehide qui prend la lumière comme aucune autre matière, une shell en canevas waxé qui contraste magnifiquement avec son col en velours… Puis il y a les wagons, qui viennent achever chaque mise par leur caractère érodé. #Wabi-Sabi

Le style Orgueil by Elmwoods : un vestiaire complet et sensé

Mais un grand label, c’est encore un label grâce auquel on est en mesure de créer des tenues complètes “qui fassent sens”, c’est-à-dire qui ne soient ni trop basiques ni trop fortes. Cela demande en effet une maîtrise significative de l’art sartorial que de parvenir à habiller, des pieds à la tête et dans des styles riches et variés, une individualité soucieuse de sa mise. Afin de vous donner une idée des potentialités de la maison, nous avons imaginé deux looks full Orgueil by Elmwoods : l’un plus gentle, l’autre plus street.

Une espèce de gentlework urbain

Un blouson de cuir boutonné avec finitions tailleur à l’intérieur, recouvrant un ensemble waistcoat tricoté, chemise à poche poitrine et cravate à micro-motif. Le tout assorti d’un pantalon vintage à bretelles, de chaussures de travail à la forme dite haricot et d’une paire de lunettes réalisées dans une superbe acétate japonaise.

Un mélange de styles qui oscille, autant par les matières employées que par les designs imaginés, entre esprit tailleur et esprit workwear ou gentle. Le cuir vient quant à lui apporter une touche un peu plus urbaine à l’ensemble.

Un véritable cuir de motard par son épaisseur, et le genre de waistcoat qui, par sa matière : le mérinos, sera impeccable comme seconde couche. À noter que les boutons de chaque pièce sont en noix de coco !

Une superbe popeline de coton réalisée dans un écru tirant un peu sur le jaune, qu’accompagnera sans difficulté cette cravate en soie texturée un peu art déco.

Un pant coupe droite à pinces, avec patte de serrage et emplacement pour la pose de bretelles. Le chambray utilisé est juste démentiel : quand on regarde la matière de près, on s’aperçoit de la présence d’un léger mouchetage blanc, qui procède en fait des résidus du coton.

Les chaussures - unique modèle disponible à l’heure actuelle - sont produites à partir d’un cuir de vachette pleine fleur et teint dans la masse. Son montage est tout naturellement un goodyear. Quant aux lunettes, elles sont façonnées dans un acétate qui imite joliment les modèles à écaille de tortue.

Un workstreet vintage agrémenté de touches modernes

Un pardessus droit à col anglais équipé de larges poches cargo, un sweat en molleton Tsuri qu’on imagine bien porté avec le premier bouton fermé, un splendide henley - une pièce workwear à l’origine - orné d’un boutonnage asymétrique, sans oublier le traditionnel denim selvedge, ici doté d’une patte de serrage postérieur.

Point de sneakers of course, mais une variante des Postman Shoes dans un cuir de poisson très spécial. Côté accessoires, on trouve une casquette un peu hybride - à cheval entre l’américaine et la gavroche -, ainsi qu’une jolie bague réalisée sur base d’un Morgan Dollar - une pièce de monnaie encore en vigueur au début du siècle dernier.

Le point fort de ce manteau réside certainement dans sa matière : une laine foulée bien dense, légèrement mouchetée et au toucher visiblement très nerveux. De quoi s’exfolier la peau avec !

Un sweat tubulaire et un henley dont la matière a été tricotée au départ d’une machine ancestrale très spéciale : sa faiblesse en termes de rendement est inversement proportionnelle à la qualité des produits qu’elle génère.

Un authentique jean de puriste (point de chaînette, rivets cachés, poche ticket selvedge…) qui se distingue par des détails plutôt inhabituels et vintage : une patte de serrage, une double patte de boutonnage, la géométrie arrondie des poches arrière… Des boutons sont même prévus pour accueillir des bretelles ! Quant aux souliers, ils se déclinent ici dans un cuir de drum fish (aussi appelé croaker) au rendu très fripé et vieilli.

La casquette est produite à partir d’un canevas idéal en termes de respirabilité, tandis que la bague est issue d’un surcyclage particulièrement bien pensé. D’autres bijoux réalisés selon le même procédé sont disponibles en boutique.

Vous vous intéressez de près à l’art qu’ont les JaponaisEs de conjuguer artisanat de pointe et styles héritage ? Découvrez le workwear de Garments Reproduction of Workers, ainsi que notre décryptage d’Engineered Garments.

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