Julien Nicaise-Besanger
May 1, 2019

La fishtail parka, une icône militaire et civile

Aussi polyvalente que fonctionnelle, la fishtail parka compte parmi les basiques sur Abhras. Focus sur une icône issue d’une forme d’anti-establishment.

On se la représente volontiers comme le vêtement de prédilection de la contre-culture Mod. C’est effectivement au moyen de la fishtail parka qu’une part de l’adolescence rebelle britannique des années 50 et 60 saisit l’opportunité de singulariser son vestiaire street : l’armée américaine dispose alors d’un deadstock conséquent, et les jeunes portent le costume slim tout en roulant en Vespa ; il n’en fallait pas plus pour les voir s’emparer de ce manteau protecteur et bon marché.

L’image est extraite du film Quadrophenia (1979) de Franc Roddam, qui relate un pan de l’histoire qui opposait les Mods aux Rockeurs.

Hélas, comme souvent, qui dit icône dit aussi récupération cheapisante. Il n’est pas rare de voir un produit culte naître d’une subculture pour finir entre les mains des consuméristes de ce monde, qu’on se concentre sur l’univers du luxe ou bien du prêt-à-jeter. Il suffit de taper « fishtail parka fashion » dans un moteur de recherche pour réaliser une fois de plus à quel point le paraître individualiste et le culte du faux sont la vraie tendance de notre époque…

Sur Abhras, on retiendra plutôt les différentes déclinaisons militaires de cet outerwear, avant de considérer ses réinterprétations civiles contemporaines par des labels de qualité. C’est encore l’occasion de rappeler une autre réalité, devenue une évidence depuis qu’on a monté notre média : à savoir combien les vêtements produits par l’armée américaine des années 40 à la période Vietnam sont splendides. L’effort qui les a vu naître est hégémonique, mais le résultat, pour nos préoccupations d’esthète, est un vestiaire bien fait et amené à durer.

Des origines au premier modèle

Le premier modèle de fishtail parka date de 1948. Avant cela, on trouve un genre de parka approchante en OD, mais dénuée de ce qui fait la particularité de notre objet : le bas du dos en forme de queue de poisson. La M-47 est née. Une pièce qui dispose en outre de deux poches à rabat pointu au niveau des hanches et d’une ceinture à la taille – en plus des deux slanted chest pockets qu’on retrouvera sur toutes les fishtail.

L’ancêtre de la fishtail, disposant sans doute du fit le plus « true to size » de toutes les parkas de l’armée de terre US (© Broadway&Sons).

Vient ensuite la M-48, dont le tout premier prototype, baptisé EX:48-1, se pare d’une doublure en fibre de verre. Les caractéristiques principales de cette première version de fishtail parka sont les suivantes :

  • Sa matière est du 100% sateen cotton de couleur OD#7 ;
  • Sa capuche se termine par un col fourrure intégré en carcajou, loup ou coyote ;
  • Ses sacs de poche sont en alpaga ;
  • La parka étant destinée à être portée par-dessus l’uniforme d’hiver, son fit est loose, et même le plus loose de toutes les fishtail ;
  • Elle est dotée d’une arm pen pocket zippée (comme sur les flight jackets à partir de la B-15B) ;
  • D’un cordon de serrage situé au niveau de l’arrière de la capuche ;
  • De deux boutons au poignet ;
  • D’un épais cordon de cintrage ;
  • D’un zip Talon de 30in.

Une version originale (© Ebay) équipée d’une doublure en fleece de laine, suivie d’une repro où l’on distingue clairement le fameux cordon situé à l’arrière de la capuche.

Gros plan sur la poche stylo zippée – certainement plus longue que sur une flight – et sur l’étiquette originale de la M-48 (© SaundersMilitaria).

L’armée américaine a vite substitué son liner d’origine, très chaud et isolant, par un genre de produit plus adapté aux conditions climatiques des soldats, et constitué d’un fleece de laine-coton et d’une shell en coton puis en nylon. Différents patterns ont été créés – avec ou sans capuche, en nylon sergé ou en ripstop… -, d’usage aussi bien sur les fishtail que sur les field M-51, suivant leur longueur. On trouve encore des doublures en soie, confectionnées au Japon pendant l’occupation, illustrant cette même technologie dite wool pile.

Le liner en fibre de verre, équipé d’une capuche intégrée (© Ebay).

Deux doublures – l’une côté fleece (© Ebay), l’autre côté shell (© RestoredMilitaria) -, adaptées pour deux fishtail parkas différentes. Les premières versions étaient faites en alpaga, plus coûteuses.

L’emblématique fishtail parka M-51

Différents patterns d’un modèle datant de 1950 ont précédé la M-51. On ne dispose malheureusement que de peu d’informations à leur sujet. On sait qu’elles sont toujours équipées de la pen pocket et des cordons situés à l’arrière de la capuche, on a pu voir que le col fourrure est amovible, et on pense qu’elles sont constituées d’un sateen de nuance OG107 – sans indication supplémentaire quant à la nature de la matière.

Son successeur – d’usage dans l’USMC comme dans l’US Army suivant quelques menues différences – est en revanche beaucoup mieux connu. Ses caractéristiques sont les suivantes :

  • Sa matière est du sateen coton-nylon OG107 ;
  • Dotée de cordon avec arrêts en cuir, sa capuche peut accueillir une doublure en laine contenant elle-même la fourrure ;
  • Ses sacs de poche sont en feutrine de laine ;
  • Bien que toujours généreux, son fit est moins loose que celui de la M-48, et ses manches sont plus longues ;
  • Elle n’est plus dotée de la poche stylo ni du cordon de serrage à l’arrière de la capuche, mais se voit équipée d’une patte à l’épaule ;
  • Elle ne dispose plus que d’un seul bouton au poignet ;
  • Son cordon de serrage à la taille est moins épais ;
  • Son zip est un Talon ou un Conmar de 22in.

Une vintage en nyco (© FunkomaVintage) et une reproduction. Sur la boutique officielle, la fiche produit de la version de The Real McCoy’s mentionne « cotton sateen fabric » ; on suppose donc que la parka est en 100% coton, contrairement au modèle historique.

Une étiquette de M-51, imprimée à chaud à cette époque.

De la M-65 aux versions camo

Plus technique et plus léger, le dernier grand modèle de fishtail parka a donné naissance à quelques patterns jusqu’à l’arrêt complet de sa production, dans les années 90. Voici ses grandes features :

  • Sa matière est toujours du sateen coton-nylon OG107, mais dans des proportions qui varient : 50-50, 65-35, 70-30 ou 80-20 ;
  • Plus légère, la matière a en outre reçu un traitement déperlant/water repellent ;
  • La capuche est entièrement amovible, et la doublure de cette dernière – en real fur sur les tout premiers modèles – est terminée par de la fourrure synthétique blanche ;
  • Son liner – également amovible – se meut en un quilted doté d’un filling en polyester très léger ;
  • Ses sacs de poche sont toujours en feutrine de laine, son fit est sensiblement le même, elle dispose encore du bouton unique au poignet, ainsi que du même genre de cordon de cintrage ;
  • Mais, épurée, elle a été délestée des pattes à l’épaule ;
  • Son zip est un Scovill ou un General de 22in.

Deux modèles d’époque, l’un de 1976 en 7030 (© Ebay) et l’autre de 1978 en nyco et équipé de la capuche et de sa doublure (© Etsy). The Real McCoy’s a récemment reproduit une fishtail M-65, toujours en 100% coton.

L’étiquette des uniformes US est à nouveau cousue à partir des années 60.

La fameuse doublure quilted, confectionnée à partir d’une shell en ripstop de nylon (© Rakuten). Une version courte est également disponible pour équiper la field jacket.

On recense un autre modèle datant des années 80 et utilisé jusqu’au cours de la Guerre du Golfe : la Parka Night Camouflage Desert. Proche de la M-51 par le fait qu’elle présente une capuche intégrée et une shell en nyco, elle fut conçue à l’origine dans un camo qui permettait aux soldats de passer inaperçu en contexte nocturne. Avec l’évolution des technologies de combat, ce pattern est depuis longtemps considéré comme obsolète.

Dans cette version ultra-légère (© Etsy), les grands sacs de poche en laine ont disparu. La parka peut néanmoins toujours accueillir une doublure.

On trouve enfin une version baptisée Snow Camouflage, aussi avec capuche intégrée, mais contenant une proportion moindre de nylon (80-20), voire du 100% coton. Ici ne figurent ni sac de poche – les rabats sont factices – ni boutons permettant d’intégrer une doublure. On est vraiment dans l’esprit de la snow smock à intégrer comme dernière couche par-dessus l’uniforme de combat.

Une version 8020 de 1985 (© Ebay), suivie de l’étiquette la plus ancienne que nous ayons pu dénicher (© Jinji) : on apprend que la fishtail parka auquel elle renvoie date de 1978 et est faite dans un oxford en 100% coton.

Quelques réinterprétations actuelles réussies

On commence par un grand classique de chez Engineered Garments, la Highland Parka. On la trouve déclinée chaque saison à travers des matières et des couleurs différentes. Comme sur les modèles originaux, son fit est bien loose, et sa structure rappelle les versions camo ci-dessus : la capuche est intégrée et l’épaule est dénuée de patte ; en revanche, les poches ne sont pas factices. Quelques features engineered bien pensées sont à dénombrer :

  • Une gorge alternant boutons pression et boutons cousus sur queue ;
  • Des poignets à trois boutons ;
  • Quatre grandes poches très pratiques situées à l’intérieur du manteau, sous le sac des slanted chest pockets.

L’item en sax blue est issu de la dernière collection (© TheBureauBelfast) ; il est fait dans un taffetas de nylon ayant été enduit d’une peinture à l’acrylique, comme sur les bombardiers en shearling des années 30. Le second est un nyco de couleur navy issu d’une saison antérieure. Le 100% cotton double cloth fait aussi partie des matières ayant habillé cette parka.

Plus technique, la fishtail parka revisitée par Ten C présente une même structure globale que la précédente, ici dénuée des quatre poches intérieures, mais pouvant accueillir une doublure au niveau du buste et de la capuche. Sa shell actuelle est le fameux Original Japanese Jersey, un tricot de polyester et de nylon à microfibre totalement waterproof. Une matière qui ne peut pas être pliée jusqu’à son acheminement en Italie et qui reçoit ensuite un apprêt lui conférant une main velours et une patine unique à mesure des ports.

Le modèle de gauche a pour matière un OJJ d’une splendide couleur café ginseng, tandis que le modèle de droite est réalisé dans un drill de coton-nylon (65-35) plus déperlant et coupe-vent qu’imperméable, comme sur les M-65 originales (© FransBooneStore).

Pour rester dans le domaine des labels alliant technicité et design réussi, on citera Norwegian Rain et sa vision de la fishtail M-65. La matière utilisée, d’origine japonaise, est toujours la même : un polyester recyclé déperlant sous lequel est intégrée une doublure en viscose garantissant l’étanchéité de la pièce. Comme sur l’originale, la capuche est amovible et une doublure peut être ajoutée ; et, comme sur une M-47, deux grandes poches à rabat apparaissent au niveau des hanches – en plus de deux inner pockets.

Le fit est loose, mais ne nécessite pas de downsizing. Les manches, elles, sont en revanche plutôt longues…

Du côté des enseignes japonaises, on relève quelques pièces intéressantes comme la Civilian smock de Jelado, qui serait inspirée d’une parka utilisée par une unité de montagne de l’armée américaine en 1989 – nous n’avons hélas trouvé aucune trace du modèle original. Sa matière est un coton-nylon 3 couches teint à l’indigo, procédé assez difficile à obtenir sur des fibres synthétiques, et qui garantit un délavage unique.

Un modèle de mi-saison sans doublure et à capuche intégrée, comme sur une fishtail camo, mais garanti fade proof sanforized !

Avec sa capuche en coyote amovible, sa couleur OD en sateen de coton-nylon et sa doublure en polyester matelassé, l’Artic combat coat de Colimbo emprunte à la M-48, à la M-51 et à la M-65 ses nombreuses features. Abhras suit de très près cette belle enseigne, qui fait partie des labels distribués par Jelado sur son shop officiel.

Une fishtail parka vraiment très proche des items originaux. On peut constater que son cordon de cintrage se dote ici d’arrêts en cuir, comme sur la capuche.

Une doublure de même nature que sur les fishtail M-65, ici en camo. Un zip en métal blanc comme sur la M-51.

Mais le modèle de fishtail parka le plus représentatif de la culture sartoriale japonaise semble être moins le modèle à capuche intégrée que celui à col M-65. L’autre particularité est qu’il n’y pas moyen d’y fixer quoi que ce soit : des sortes de no collar not hooded coat en somme. Cela va des modèles classiques à la A Vontade à des items rouge vif comme chez Bru Na Boinne, en passant par orSlow et son approche du design toujours épurée.

Une version militaire classique, avec barrette poitrine, et une version très minimaliste, sans slanted pocket et dotée d’une queue de poisson moins marquée. Toutes deux constituées de coton et de nylon.

Un item « mody » – pour « modified » comme sur les flight jackets ayant perdu leur col fourrure – en popeline de coton-nylon et disponible dans plusieurs coloris, et un item issu d’une maison dont nous avons déjà parlé dans notre article dédié aux aloha shirts, décliné dans une couleur assez forte.

Pour terminer, un modèle abordable, toujours à col M-65 et en 100% coton, issu d’un label non pas japonais, mais chinois, Workware. L’esprit de ce label est somme toute très nippone ; nous avons pu le tester à travers un chino navy à la coupe très vintage, et nous en sommes plus que satisfaits.

Les basiques essentiels du militarywear, dans leur aspect historique et contemporain, vous intéressent ? Même si cette culture reste à développer, Abhras travaille aussi aux origines des pièces iconiques issues de la tradition workwear, comme dans notre article dédié aux workshirts à triple stitch.

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