Julien Nicaise-Besanger
Oct 11, 2016

Engineered Garments, le label nippo-américain ultime

Fervent admirateur de Daiki Suzuki, Abhras décrypte Engineered Garments. Un esprit nippo-américain pour une confection 100% new-yorkaise.

Fondée en 1999, la maison Engineered Garments propose un dressing presque complet de pièces urbanwear et adaptées aux nombreuses situations de la vie citadine. Des pièces fonctionnelles et urbaines qui se caractérisent par l’abondance de leurs features et par leur hybridité stylistique.

En digne japonais réinterprétant les grands classiques américains, Daiki Suzuki, le fondateur du label, a élaboré un vestiaire des plus authentiques, intemporels et héritage qui soient. Le tout en tablant sur une fabrication intégralement faite à New-York, lieu de vie du designer : l’occasion pour lui d’avoir un certain contrôle sur sa propre production.

La tradition du vêtement “engineered”

Le vêtement engineered peut se définir comme une pièce “conçue”, “construite”, c’est-à-dire caractérisée par la somme de ses détails techniques et de ses finitions. Ceux-ci faisant souvent intervenir des traditions sartoriales diverses : workwear, militarywear, outdoor apparel… voire formalwear.

Sur chaque pièce de vêtement, on retrouve cette même étiquette, symbolisant toute la philosophie d’Engineered Garments, son métissage stylistique, son esprit technicien et son urbanité.

Cette conception du vêtement ne concerne pas seulement Engineered Garments. Il nous semble aussi le propre de maisons comme Post Overall’s, Battenwear (pour qui Suzuki a travaillé), Velva Sheen ou encore Snow Peak. Avec une orientation sportwear davantage affirmée pour ce qui concerne les deux derniers labels.

Sur cette chambray inspirée des façons d’antan, on trouve une gorge à 5 boutons se terminant par une patte (comme sur une chemise Scarti-Lab), une couture en zig-zag sur le col, un montage en split yoke au niveau de la carrure… Autant de détails qui font d’une telle pièce autre chose qu’un simple basique, en dépit des apparences.

Son empreinte stylistique métissée, qui mêle sans difficulté workwear et tailoring ou streetwear et militarywear, mais aussi sa beauté technique, regorgeant de détails parfois inutiles sur le plan fonctionnel, en font une pièce qui se suffit à elle-même. Véritable vecteur d’élégance et d’influences, le vêtement engineered se passe volontiers d’accessoires et définit presque à lui tout seul l’originalité et l’intérêt d’une mise.

Nul besoin d’associer un jean avec un blazer pour créer une tenue casual chic. Chez Engineered Garments, le vêtement lui-même est hybride, à l’image de cet overcoat, formel en apparence (avec son revers cranté, sa poche poitrine, sa boutonnière aux manches…), mais en vérité truffé de détails très casual (comme en attestent ses grandes poches cargo ou son hooded liner).

Véritable obsédé du détail et amoureux du vêtement, Daiki Suzuki pousse toujours très loin ses investigations et n’hésite pas à puiser son inspiration dans des “archives sartoriales”, notamment militaires, ou dans la manière dont on travaillait le textile à des époques antérieures (comme l’illustre notre exemple de la chemise en chambray). Sans exagération, on peut passer une journée entière à admirer et à détailler l’artisanat qui est à l’œuvre dans une pièce Engineered Garments !

Une splendide fishtail parka, d’origine militaire, qui multiplie les détails étonnants : une gorge alternant boutons classiques et boutons pression, des bandes de tissu en corduroy aux endroits où la pluie est susceptible de s’infiltrer (capuche, parmenture, poches…), une patte de cintrage, une bandoulière à la manière des blousons Acronym… Et c’est sans évoquer les nombreuses coutures en zig-zag ou en croix qui traversent la pièce.

Une inspiration so military

Le militarywear est probablement la tradition dont Engineered Garments s’inspire le plus. Et ça n’est pas la collection automne/hiver 2016-2017 qui viendra affaiblir ce constat ! Des field jackets en tout genre, des parkas militaires, des fatigue pants et des waistcoats cargo… Nick Wooster ne demanderait pas son reste !

Une field parka constituée de 11 poches et réalisée à partir de 2kg d’un double coton au toucher nerveux. Une des grosses nouveautés de cet hiver.

On ne trouvera pas seulement des grands classiques comme la M-65, mais aussi des répliques de pièces beaucoup plus confidentielles comme la M-41, la C-1 ou des chemises inspirées de l’uniforme des officiers de l’US Navy. Cela dans différentes matières, certaines adaptées pour l’hiver et la mi-saison, d’autres pour l’été.

Une Chief Petty Officers en ripstop (aussi dotée de son col en corduroy), la fameuse M-41 dans un twill de coton léger et adapté à l’été, et un splendide pantalon cargo en double coton (avec son cordon de serrage à la cheville).

L’ensemble est bien entendu revisité à la sauce du créateur, mais pas comme cela se fait chez Stone Island par exemple, dont l’orientation est plus “mode” : Suzuki tâche toujours de “broder” autour du patronage original, afin de rendre le vêtement le plus fonctionnel, le plus “urban military” possible. On reconnaît donc assez facilement la pièce qui a servi de modèle ; et bien souvent la création qui en découle a été épurée et pensée pour les besoins duDE LA New-YorkaisE moyenNE.

La C-1 est une veste de survie de l’USAF. La version originale est constituée de 16 poches, la version de Suzuki, plus en phase avec la vie citadine, de 6 poches. A porter aussi bien sur une chemise ou un tee-shirt que par-dessus un gros pull.

Une encyclopédie des matières traditionnelles

Daiki Suzuki n’est pas seulement un maniaque des features, il est aussi un grand dénicheur de matières. Pour bien s’en rendre compte, il suffit de détailler la sélection des pantalons de chaque saison, des plus casual au plus formal : du french terry, du double coton, du dungaree, du denim selvedge, du twill de coton, du twill de laine, du corduroy, du chevron de laine cardée, du “velveteen” (coton un peu satiné, imitation velours), de la popeline épaisse, de la laine peignée…

Nos trois coups de cœur, dont ce subtil tartan blackwatch.

Avec en prime un travail sur les coupes remarquable, comme c’est le cas du post pant, notre favori, avec sa coupe carrot caractéristique et ses deux pinces. Mais, si Engineered Garments travaille beaucoup les matières traditionnelles, il se montre aussi ouvert au techwear : depuis cette saison, une doublure en primaloft accompagne chaque parka (la field comme la fishtail).

Alex de Frans Boone Store nous parlait de l’origine militaire de l’attache : des cordons que l’on enroule autour des boutons ou de tout autre point d’ancrage disponibles à l’intérieur de la parka.

Des vêtements à vivre, à l’image de leur designer

Enfiler une pièce Engineered Garments, c’est faire montre d’élégance naturelle sans jamais prendre le risque d’être engoncéE. Chaque vêtement est conçu pour subir les affres du quotidien et du temps : il garantit à celuiCELLE qui a le plaisir de l’enfiler un ratio confort/style/durabilité optimal. Pour bien comprendre cet état d’esprit, nous vous invitons à découvrir ce court article évoquant sept jours dans la vie sartoriale de Daiki Suzuki.

Moins militaire, plus “veste de chasse” ou sportwear montagnard façon Thomas B. Moffat, la Pathfinder est un excellent vêtement à vivre, pratique, polyvalent et élégant. Et toujours la fameuse étiquette !

Sur Abhras, on adore cette conception des choses : le vêtement comme partie intégrante de soi et comme seconde peau, et non comme uniforme, condition d’accès au style ou encore objet d’art et de collection. Une workjacket en corduroy, un fatigue pant coupe droite** retroussé jusqu’à mi-mollet** et une chemise 19h century en oxford éventuellement assortie d’un foulard au motif un peu fort, et vous voilà alliant style, intemporalité, confort et spontanéité.

Et pourquoi pas en mode streetwear ? Comme avec l’une de ses trois déclinaisons d’une même varsity jacket (avec, ici encore, cette alternance entre boutons classiques et boutons pression).

Une ligne workaday a même été imaginée, disponible sur TheBureauBelfast. On y trouve des vestes en denim, des utility jackets, des jeans selvedge… On notera cependant que le label principal compte aussi des tabliers, des salopettes et des coverall jackets. Au-delà du vêtement à vivre, Engineered Garments conçoit donc aussi d’authentiques vêtements de travail !

La ligne workaday, fonctionnelle, mais jamais ennuyeuse (on apprécie beaucoup le petit twist de la poche et de la manche), et un tablier en denim blanc qu’on n’aurait certainement pas imaginé au préalable comme élément d’une tenue stylée !

Un tailoring très “Engineered Garments”

La ligne sartoriale est dans la parfaite lignée de l’esprit de la maison. On trouvera tout d’abord des vestes droites et croisées déstructurées (sans entoilage) et toujours à trois boutons - avec poches plaquées ou poches à rabat selon le degré de formalisme des modèles. Certaines même avec le pantalon assorti, l’occasion de former un joli costume. Les matières vont de la laine peignée à motif rayures craie au double coton couleur vert clair.

Trois variations sur le costume droit : franchement rien de comparable avec ce qu’on trouve dans le formalwear traditionnel. Quant au blackwatch dans sa version suit, il nous semble plutôt bien mis en valeur…

Les waiscoats suivent les mêmes** tendances** stylistiques, et certains, comme le rayures craie, permettent carrément de réaliser un trois pièces. La ligne de cravates, disponible aussi bien en cachemire qu’en velveteen ou en flanelle de coton, vient compléter l’ensemble de sa touche so engineered. Quant aux chemises, mêmes les plus formelles ne manquent jamais de twister à un endroit ou l’autre, par le col (dandy, preppy, Mao…), la poche poitrine, la confection (vintage ou plus moderne), le motif

Une jolie cravate casual avec un motif peu répandu, et le genre de waistcoat qu’on associe d’emblée au label, par son boutonnage qui remonte jusqu’au col, petite feature aussi belle que fonctionnellement inutile.

Engineered Garments a décidé de rééditer le fameux croisé 4x2 en twill de laine, une matière au départ réservée pour la confection de certains uniformes de la police new-yorkaise. Cette année, le modèle se voit assorti d’une doublure intégrale et se trouve aussi disponible dans d’autres matières.

Alliant tailoring et décontraction, le modèle Dexter représente selon nous la quintessence du tailoring Engineered Garments : une matière nerveuse et fluide associée au formalisme de la structure croisée, le tout avec poches plaquées et quatre boutons au lieu de six.

Un urbanwear ultra-métissé

Que l’on soit intéresséE ou non par l’univers, Engineered Garments symbolise pour nous une étape nécessaire en matière de quête sartoriale et d’amour pour le vêtement :

  • Comme mix harmonieux et éclairé de styles traditionnels de mouvance street, work, military et/ou formal.

  • Comme sape à vivre misant sur la durabilité et l’intemporalité.

  • Comme recherche d’artisanat avancé par le sourcing matières et par le travail sur les finitions.

Jamais un label n’aura su mieux réaliser ce qu’on entend par urbanwear sur Abhras. Un urbanwear qu’on souhaiterait néanmoins davantage for all : en dépit d’une ligne audacieuse et sans gender quality gap, les pièces pour le womenswear demeurent hélas peu accessibles et trop rarement mises en évidence…

Le créateur dans sa boutique new-yorkaise, pour les chanceuxEUSES qui vivent à proximité du quartier de Manhattan…

Envie d’acquérir un vêtement Engineered Garments ? Rendez-vous sur TheBureauBelfast pour la quasi-totalité de la collection par saison, sur Kafka, Understudy ou Jinji pour l’une ou l’autre pièce introuvable ailleurs. Du côté du womenswear, ça se passe chez Envoy of Belfast et chez Epitome of Edinbourg.

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