Julien Nicaise-Besanger
Mar 21, 2017

Blazer casual ou work jacket : petite sélection hétérogène

Chic et décontracté, le blazer casual connaît de nombreux avatars. Hier destiné à la classe prolétaire, il est devenu le vêtement hipster incontournable.

Sur Abhras, on nomme “blazer” toute veste qui se porte aussi bien dedans que dehors, et qui est suffisamment longue pour couvrir tout ou partie des fesses. On le distingue ainsi du blouson par sa longueur et par sa dimension plus mid-layer qu’outerwear. Certes, quand on songe à cette pièce, on a davantage en tête l’image de la veste de costume dépareillée, plus formelle et structurée. Et certes encore un blouson peut lui-même servir d’alternative stylistique au blazer, autorisant souvent le port de la chemise et d’un accessoire de cou.

Ici on ne s’intéressera toutefois qu’au blazer casual, urbain et alternatif, et frappé d’une connotation workwear plus ou moins évidente selon les cas. Le vêtement à vivre stylé, mais suffisamment confortable pour ne pas générer des prises de tête quant à savoir si le col de chemise se plaque bien sur le revers de la veste, ou pour pouvoir lever haut les bras sans avoir l’impression que le reste de la pièce ne vous suit pas.

Un 100% laine peignée intégralement entoilé, suivi d’un double breasted spalla camicia en coton : voilà qui sonne certainement plus blazer qu’une work jacket, par exemple. Même si le second modèle est déjà en lui-même un genre de blazer casual plus parlant que le premier.

La French worker jacket traditionnelle

Le bleu de travail, aussi appelé French worker jacket, est à l’origine une veste utilisée par la main d’œuvre ouvrière et artisanale française. Cela depuis la première révolution industrielle. Dans l’univers du chemin de fer, elle prend le nom de bleu de chauffe, étant la veste portée par la personne chargée de s’occuper de la chaudière dans les locomotives.

La work jacket iconique ! On notera que l’appellation “bleu de travail” renvoie originellement aussi bien à la work jacket qu’au pantalon qui l’accompagne.

Vétra est une maison française qu’on aime beaucoup. Sa légitimité à produire du workwear est d’autant plus significative qu’elle est elle-même au départ une enseigne qui vend des vêtements à destination de la classe ouvrière. Et depuis 1927 ! Dans l’exemple ci-dessus, on trouve le prototype même du work blazer : avec sa coupe confort, il dispose d’un col chemise, de 5 boutons de couleur noire, de 2 poches plaquées, d’une poche poitrine… ; mais surtout il est teint dans un bleu électrique, dit hydrone, très caractéristique. Une couleur qui, à l’époque, servait véritablement à démarquer le monde ouvrier de celui des responsables de chantier et des cadres.

Sinon il y a aussi Armel Brittany, qui présente l’avantage de proposer des modèles unisexes, ainsi qu’une coupe typiquement japonaise (bien fittée au niveau du chest et de l’épaule, plus lâche au niveau du waist).

Les pièces originales étaient conçues en moleskine, une toile épaisse et très serrée, brossée puis grattée pour lui conférer un aspect un peu velours. Mais on trouve aujourd’hui bien d’autres déclinaisons : du canevas, du twill, de l’ottoman…, voire des toile métis (mélange coton/lin) ou encore du jersey de laine, comme chez Armel Brittany. Si leur usage est exclusivement urbain à l’heure actuelle, ces vêtements étaient pensés pour traverser les affres du temps ; comme dans l’art Boro, on les trouvait volontiers retouchés et sertis de patchs en tout genre.

Extraite de l’excellent Archival Clothing, cette jacket a sans nul doute traversé une vie entière de labeur…

Certaines vestes présentent aussi un col officier en lieu et place du col chemise. C’est ce que propose Hollington, une maison française dirigée par un designer irlandais qui affectionne les mises à l’esprit workwear et un peu gentlefarmer. Les vestes et waistcoats de la griffe ont la particularité de disposer d’un nombre important de poches, extérieures et intérieures, accentuant le côté fonctionnel du vêtement.

Sur cette veste en denim, on trouve 5 poches passepoilées, plus une à rabat, ainsi qu’un soufflet d’aisance au niveau du dos. Un garment des plus utilitaires en somme !

Le blazer casual et workwear à revers

La work jacket se dote aussi parfois de revers cranté et de 3 boutons au lieu de 5. L’authentique blazer casual ! Vétra, une fois encore, en réalise de très jolis ; mais d’autres labels s’y sont aussi mis, parmi lesquels Universal Works et Bleu de Paname, qu’on ne présente plus, ou encore Margareth Howell et Barena, qui nécessiteront sans doute une petite présentation.

Une splendide veste en moleskine (à première vue du moins), dotée de 3 boutons en métal comme pour rappeler l’univers des blousons en denim.

Margareth Howell est une designeuse anglo-saxonne qui élabore des intemporels menswear et womenswear. De nombreux basiques with a twist, se voulant confortables, fonctionnels et adaptés à la vie urbaine. Howell affectionne en outre les matières traditionnelles (Harris tweed, lin irlandais…), ainsi que les grandes manufactures sartoriales appartenant à cette mouvance. Elle cite notamment, parmi ses références, Smedley et ses mailles ultra-fines, Mackintosh et ses raincoats ou encore le vaste savoir-faire écossais pour ce qui concerne le travail de la laine.

Ni doublure ni entoilage, pour une coupe toujours confortable. Le modèle de chez Barena demeure très workwear, avec sa poche poitrine plaquée, tandis que le modèle d’Universal Works propose un twist formel plutôt inattendu, en plus d’être carrément italien : un poche barchetta !

Label œuvrant dans l’urbanwear et le casual chic italien, Barena Venezia ravira ceuxCELLES qui ne jurent que par le blazer casual et “sport”. Les matières sont légères et confortables (souvent du lin et/ou du coton mélangé(s) à 2 ou 3% d’élasthanne) et les designs, qui se veulent vénitiens et inspirés de l’histoire de la célèbre ville portuaire, vont du workwear traditionnel au sprezzatura le plus affirmé.

Assez hybride, cette pièce se dote même d’une boutonnière au niveau des manches, pour une connotation un peu tailoring.

Plus work jacket, pour une production toujours italienne (et même 100% made in Italy, du fil au produit final), 1ST PAT-RN (pour “first pattern”) innove en proposant un bleu de travail à 4 boutons et col dandy. Les racines workwear et vintage, tant civiles que militaires, de cette très belle maison font songer qu’avec des labels comme Scarti-Lab ou Ten-C, l’univers stylistique italien n’est pas uniquement tailleur ou exclusivement représentatif de belles personnalités comme Lino Ieluzzi

Deux magnifiques blazers également disponibles avec le waistcoat assorti, pour une touche plus formal ou gentle.

On poursuit avec deux splendides vestes de chez Orgueil et sa grande sœur, Studio d’Artisan. L’une est un jersey de laine et est dotée d’un revers minuscule, à la main souple et proche de celle d’un cardigan classique. L’autre est faite dans un tissu en coton dit sashiko et se pense comme le parfait blazer casual, avec flap pockets. Comme toujours, les finitions sont impeccables, avec - détail plutôt rare - la présence de contre-boutons. On mentionnera encore un knitwear des plus hybrides en termes stylistiques : la fameuse pub jacket d’Inis Meain, qui se décline cette année en de très jolis coloris printaniers.

Ici nous sommes en présence de 5 boutons, comme sur un bleu de travail traditionnel, mais également d’un revers cranté.

Mais une sélection digne de ce nom ne saurait faire l’impasse d’Engineered Garments et de sa vision étendue du blazer casual 3 boutons à revers. Avec, du plus casual au plus formal, les différents modèles suivants :

  • Le Bedford : 4 poches plaquées et un revers à cran aigu ;
  • Le Loiter : 3 poches plaquées ;
  • Le Baker : 1 poche poitrine, 2 poches à rabat et une boutonnière ouverte à la manche ;
  • L’Andover : 4 poches à rabat rétractables en poches passepoilées, dont la très formelle poche ticket, et une boutonnière ouverte à la manche.

Les deux modèles les plus casual, non doublés et aussi légers qu’une surchemise.

Les blazers les plus formal, doublés ou semi-doublés, dont un Baker en corduroy. Par son métissage stylistique et son côté très engineered, le modèle Andover reste notre coup de cœur sur Abhras.

Quid des chore coat et autres utility ou coverall jackets ?

Bien d’autres vestes de travail se sont aussi popularisées en dehors de celles qui sont nées sur le territoire français. C’est le cas des chore coats, dont certains modèles, par l’épaisseur du tissu et/ou par leur courte longueur, flirtent parfois avec l’outdoor tout en s’éloignant du côté in and out du blazer casual. Ces vestes étaient légions au début du XXe siècle étasunien, spécialement dans le monde ouvrier et agricole. Filson et Carhartt en réalisent de très traditionnelles, de même que Pointer, Apolis, la ligne Workaday d’Engineered Garments, Orslow, The Real McCoy’s

Des coverall jackets en denim qui nous éloignent un peu de l’univers du blazer casual.

Comme Vétra, Pointer Brand renvoie à la base à une authentique manufacture workwear : la L. C. King manufactory, fondée en 1913 et toujours basée dans le Tennessee. De 130 employés au cours du siècle dernier, la société est passée à 8 employés en 2007, puis à 30 en 2013, grâce au marché japonais qui représente, en 2012, 50% du chiffre d’affaire du label. Les matières exploitées sont les mêmes qu’à l’origine : du denim selvedge, du duck canvas, de l’hickoree…, de même que les modèles : des jeans, des utility jackets, des salopettes

Une chore coat en fisher strip/hickoree de chez Pointer, et une veste Apolis - qui, courte et épaisse, supporte relativement bien la cravate.

Il y a, enfin, le cas des mythiques denim jackets et truckers de chez Levi’s (types I, II et III), depuis rééditées par des labels prestigieux comme Orslow, Visvim ou RRL. Un des rares “blousons” - par sa longueur, qui arrive à la ceinture - qui puisse également servir de mid-layer pour la période froide. Sa grande polyvalence, sur un plan stylistique comme en matière de layering, en ferait presque le blazer casual idéal…

De superbes délavages qui justifient un prix parfois déconcertant. Autrement, on se tournera vers un modèle brut, moins onéreux et à patiner soi-même au fil du temps.

Et ça continue !

  • Rendez-vous sur Ponytail Journal et sur Archival Clothing, deux magazines riches en histoire du vêtement urban/work-wear - et tenus par deux curatrices/designeuses à découvrir absolument.
  • Ne manquez pas non plus de suivre l’Instagram de Frans Boone, qui propose en ce moment une belle sélection de blazers pour la mi-saison.
  • Parcourez enfin notre curateur Pinterest, pour des inspirations toujours plus work/military/street/gentlefarmer-wear.

Et vous, connaissez-vous d’autres modèles de blazer casual ? Comment aimez-vous le porter ? Lâchez-vous et contribuez à enrichir notre curation !

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